beaucoup d'années ont passé. elles n'ont pas compté. c'est en tout cas le sentiment qu'elles m'ont laissé. j'étais certain que plus rien ne pouvais maintenant m'arriver. du moins : plus rien qui puisse m'atteindre dans le secret de mon coeur. je vivais. je laissais les jours se remplir et se vider de la même matière morne et sans durable importance. de minuscules vanités, quelques plaisirs pour rien m'occupaient le corps et puis l'esprit. merveilleuse et puis misérable, une magnifique mélancolie s'était étendue sur le monde. [...] mon existence ne différait de celle des autres que sur un seul point : elle était sans avenir. je flottais dans la formidable nonchalance d'un perpétuel présent. le futur me faisait défaut. tout projet m'était impossible. la reconduction à l'identique des jours, des semaines, des années me laissait immobile au sein du grand mouvement du temps qui poussait tous les autres vers l'avant. philippe forest.