il ne me regardait plus, j'étais transparente, je pleurais ma disparition,rinçant à grande eau mon visage comme pour l'effacer un peu plus.

il ne me regardait plus, j'étais transparente, je pleurais ma disparition,rinçant à grande eau mon visage comme pour l'effacer un peu plus.


++++tu as l'air d'être bien

++++là où je ne suis rien,

++++là où je ne suis pas.

++++ne m'oublie pas.

# Posté le mardi 20 mai 2008 13:39

Modifié le mercredi 21 mai 2008 15:29

il déchiré le coeur qui l'aimait.

il déchiré le coeur qui l'aimait.


++- tu va bien ? a-t-il dit soudain.
++- moyen.
+++(rougeur subite, affolement de l'espérance : lisait-il encore dans mes yeux ?)
++- moyen plus ou moins ?
+++j'ai souri faiblement :
++- moyen moins.

.
.
.


toute énergie a quitté mon corps, quelque chose avait crevé à l'intérieur. saccage total. elle voulut pleurer, il n'y avait plus de larmes, elle voulut parler, il n'y avait plus de voix. je me suis vue mourir dans ses yeux. ça c'est passé comme ça. l'amour c'est vivre dans l'imagination de quelqu'un, alors je suis morte, je suis morte en lui. je connais l'étonnement douloureux avec lequel une femme s'aperçoit qu'elle n'est plus aimée, l'effroi qui la saisit quand elle se voit délaissée par celui qui jurait de l'adorer toujours ; je connais cette estime refoulée soudain sur elle-même, et qui ne sait plus où se placer, cette défiance qui succède à une si entière confiance et qui, forcée de se diriger contre l'être qu'elle élevait au-dessus de tout, s'étend par la même au reste du monde. que lui dire quand elle se demande quel mot, quel geste a manqué au bonheur ? que lui répondre lorsqu'elle cherche encore des moyens d'y parvenir ?
livre de, Camille Laurens - ni toi ni moi


# Posté le lundi 19 mai 2008 15:48

Modifié le lundi 19 mai 2008 16:33

c'est moi qui étais déchirée. jétais la photo qu'on déchire quand on n'aime plus.


j'étais sortie pour marcher, simplement, pour sentir mon corps marcher. l'angoisse était si grande qu'elle m'empêchait de penser, je me disais que mettre un pied devant l'autre remettrait peut-être aussi mon esprit en marche, mais la douleur faisait le vide dans ma tête, de grosses roches compactes occupaient ma poitrine, pesant sur mes poumons, me nouant le ventre comme si j'avais mangé des pierres.
livre de, Camille Laurens - ni toi ni moi


# Posté le lundi 19 mai 2008 15:10

Modifié le jeudi 22 mai 2008 01:53

si je pouvais ne plus éprouver ce mal, je crois que je lui pardonnerais, tant je serai heureuse.

si je pouvais ne plus éprouver ce mal, je crois que je lui pardonnerais, tant je serai heureuse.


nous nous sommes revus. il m'a appelée pour savoir comment j'allais. il a dit que je lui manquais, qu'il voulait qu'on se revoie, qu'on ne reste pas " fâchés " car, a-t-il ajouté, " je t'aime beaucoup ". il me parlait avec une gentillesse excessive, une affection condescendante, il ne m'aimait plus et compatissait à mon terrible deuil, au cruel échec de toute mes espérances, il m'assurait de son soutien dans le drame affreux qui me frappait, il serait présent pour m'aider à supporter son absence, il voulait me consoler de sa perte. " on pourrait prendre un café demain, si tu te sens le courage, ça me ferait plaisir ". j'ai dis oui parce que je n'ai pas réussi à dire non. il avait beaucoup pensé à moi ces quinze pénibles derniers jours. je n'ai rien dis, pas de mots, surtout pas de mots sur le vide qui me donnait le vertige au bord du gouffre où il voulait me pousser. nous nous sommes quittés assez vite. "je serai toujours là pour toi" m'a-t-il dit d'un air de pitié. et je suis allée m'acheter son parfum. elle marche sur le trottoir, tête baissée. elle pleure et ne retient pas ses larmes, qui coulent comme de la pluie. respirant le parfum d'Arnaud à même le flacon comme une alcoolique.
livre de, Camille Laurens - ni toi ni moi

# Posté le lundi 19 mai 2008 14:53

convulsions de douleur.

convulsions de douleur.


il me faisait penser à lui. alors des centaines d'aiguilles se sont enfoncés dans ma poitrine et ont dessiné le visage d'Arnaud, ce n'était pas une douleur atroce mais lancinante, les aiguilles pénétraient lentement, avec une régularité méthodique, on avait le temps de souffrir et de s'habituer. l'homme parlait toujours, inconscient de l'opération qui s'effectuait en sa présence. plus net qu'un souvenir.
livre de, Camille Laurens - ni toi ni moi



# Posté le lundi 19 mai 2008 14:31

mon amour pour lui s'est éboulé dans ma poitrine.

mon amour pour lui s'est éboulé dans ma poitrine.


il lui a donné sa parole et son corps, parole donnée, corps donné, elle ne doute pas de les retrouver, qu'on va les lui rendre. ce n'est pas impossible puisque ça a eu lieu, ça n'est pas perdu. vous ne l'éprouvez jamais, cela, qu'une promesse a été faite, et que ce qui vous pousse à vivre, c'est le moment où elle sera tenue ? tout promet et rien ne tient. la haine nous pousse, ou la douleur : à quoi bon donner sa parole si c'est pour la reprendre. donner c'est donner, reprendre c'est voler.
livre de, Camille Laurens - ni toi ni moi

# Posté le dimanche 18 mai 2008 07:34

c'est tout simple, en fait : elle attend que ça revienne.

c'est tout simple, en fait : elle attend que ça revienne.

j'ai besoin de sens, c'est vrai, j'ai tellement besoin de comprendre ! je suis comme une enfant butée : je veux qu'on m'explique. sinon j'ai peur, j'ai mal. je suis prête à accepter des explications complexes, des raisonnements subtils, je n'attends pas qu'on me délivre une vérité bétonnée. mais ne me dites pas : c'est comme ça. vous savez, je me demande toujours si cet homme m'a aimée. vous me trouvez bien naïve, trop sentimentale. j'étais là, je me répétais sans cesse : qu'est ce qui s'est passé ? ce doit être aussi pour ça que je suis restée : quelque chose m'échappait, c'est le cas de le dire, il m'échappait. et je voulais comprendre, saisir, le saisir. y pensait toujours a été ma manière de ne pas en mourir. la quête d'un sens, mon antitode à la folie. elle n'a plus qu'un seul but, qui l'occupe et la remplit : comprendre cet homme. éclairer ses actes, ses refus, ses contradictions. donner un sens à l'insensé. trouver ce qui cloche, ce qui bloque, ce qui empêche, ce qui tue. elle n'a pas d'autre dessein, pas d'autre angoisse : elle est au comble de lui. comprendre la soulage, mais c'est son impuissance qu'il y a à comprendre. elle s'assimile à lui, on le dit d'un aliment, elle se l'incorpore et s'en nourrit. il n'y a plus elle et lui, deux personnes distinctes, mais lui en elle. elle l'emmêne partout avec elle comme un livre fétiche. il est dans son ventre, il est dans sa poitrine, il est dans sa tête, elle le porte dans son coeur.
livre de, Camille Laurens - ni toi ni moi

# Posté le dimanche 18 mai 2008 06:59

c'était de l'amour que tu vous m'aviez promis, c'était de l'amour que j'attendais. de belles promesses, du vent !

c'était de l'amour que tu vous m'aviez promis, c'était de l'amour que j'attendais. de belles promesses, du vent !


vous croyez qu'on cesse d'aimer sur simple décision, qu'on est libre de ne plus penser à l'autre dès lors que lui vous oublie ? c'est votre faute, finalement, c'est vous qui m'avez fait rouvrir le dossier, alors que je m'étais résignée lentement à le classer. vous savez, parfois quand je souffrais trop de l'absence, quand la séparation était comme une amputation, une douleur physique insupportable, je n'y tenais plus, il fallait que je me rapproche, d'une façon ou d'une autre. ce qu'elle fait de temps en temps, c'est qu'elle entre dans une parfumerie et que, sous prétexte d'essayer des parfums, elle s'innonde de celui d'Arnaud. elle passe alors la journée à se flairer les poignets, à s'enivrer dans ses propres bras qu'elle serre contre elle, à se respirer jusqu'à l'etoufement.
livre de, Camille Laurens - ni toi ni moi

# Posté le dimanche 18 mai 2008 06:13

je savais bien qu'il ne fallait pas ressortir ces photos de leur tiroir. elles m'obsèdent, elles me blessent, elles me font souffrir, rien d'autre.

je savais bien qu'il ne fallait pas ressortir ces photos de leur tiroir. elles m'obsèdent, elles me blessent, elles me font souffrir, rien d'autre.
je ne crois pas qu'il y ait grand chose à en tirer. après tout, c'est juste l'histoire d'une illusion ! un homme qui ne m'a pas aimée. j'aimerai bien, pourtant : ne plus être penchée sur mon passé. de toute façon je ne peux plus raconter d'histoires, je vous le dis tout net, je sais trop où elles mènent, quand on les raconte c'est qu'elles sont finies, on essaie de faire une parole vivante d'une histoire morte, inutile de se le cacher, non, inutile de vous raconter des histoires : je ne peux plus me raconter d'histoires. il incarne à lui seul toute l'impuissance dont je parle, l'âme d'un homme tout enlacée à la mienne et pourtant seule, éloignée, séparée, l'âme d'un homme on ne peut plus seul, éloigné, séparé de tout et de moi. depuis je n'écris plus parce que ça ne sert à rien. ecrire ne ramène pas l'amour, ni l'âme. ecrire ne crée rien non plus, ni l'animation des corps ni leur aimantation animale. ecrire ne mène à rien. il ne sert à rien de dire une douleur. ça ne sert à rien : c'est peut-être pour ça que j'y arrive pas, c'est peut-être seulement cette histoire là que je ne peux pas raconter, parce que c'est une histoire d'impuissance, justement. je n'y arrive pas parce que je sais ce qui va arriver, je n'arrive à rien parce que j'en vois le bout, justement, c'est le contraire : j'arrive à rien. je sais très bien où je vais et je m'y refuse. non je n'arrive pas à raconter cette histoire, je n'y arrive pas parce que je ne veux pas y arriver, je ne veux pas que ça arrive, comment j'en suis arrivée là, c'est irracontable. mais si je ne raconte plus d'histoires, alors quoi ? je suis comme une enveloppe qu'on aurait envoyée sans adresse ni timbre. je n'ai ni destination, ni destinataire. je ne sais pas ce que je fais là, à quoi je pourrais bien me destiner. je me sens comme une chose posée dans un coin. je suis sans destin. il faudrait que je sorte de mon trou et peut-être les mots reviendraient, la confiance en eux pour dire l'inutile. depuis, j'essaie en vain : cet homme m'a laissée sans voix. il m'a lésée de tous les mots comme en un divorce inique. je vis sous la loi du silence. je n'arrive pas à tourner la page. je souffre de cette maladie, du mal à dire son malheur. suffirait-il que quelqu'un m'écoute ? cela cesse t-il d'être absurde quand ça ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd ? ♥ livre de, Camille Laurens - ni toi ni moi

# Posté le vendredi 16 mai 2008 15:15

Modifié le vendredi 16 mai 2008 16:36